Claudette Werleigh





                                Quelques contradictions d'un retour

                                                     ou



QUAND LE POLITIQUE SE MET EN TRAVERS DE LA JUSTICE

Le cri du peuple haitien est fondamentalement un cri pour la Justice. Cela a ete dit et repete depuis 1986 par beaucoup de militants et d'observateurs des Droits Humains en Haiti. En son for interieur, le peuple haitien est convaincu que, si la Justice est etablie dans son pays, les terres seront mieux distribues ou du moins ceux et celles qui veulent les travailler y auront acces. Les fruits en seront mieux repartis entre proprietaires et travailleurs agricoles. Les personnes malades auront acces a des centres de sante ou elles trouveront les soins appropries, peu importe leur statut socio-economique. Enfants et adultes beneficieront du savoir approprie a leur condition et aux besoins et possibilites du pays. Cette forme de Justice sociale -toujours en demande- s'est couplee depuis quelques annees, d' une demande de Justice au sens strict: que les personnes accusees de meurtres, viols ou vols a main armee comparaissent devant le tribunal, qu'elles soient jugees et si elles sont reconnues coupables, qu'elles soient punies selon le voeu de la loi. Le cri du peuple haitien est donc aussi un Non a l'Impunite. Apres le coup d'etat qui a renverse du pouvoir et envoye en exil Jean-Bertrand Aristide, premier President issu d'elections libres, honnetes et democratiques, la mobilisation du peuple haitien et de ses allies, tant a l'interieur qu'a l'exterieur, a pris pour objectif la restauration de la democratie et le retour en Haiti du president constitutionnel. La Communaute Internationale et les politiciens ont fait valoir l'argument que le rapport de force etant defavorable, l'unique facon pour le President de rentrer et de se maintenir au pouvoir etait de tendre le rameau d'olivier. Une loi d'aministie a donc ete votee par le Parlement haitien. Question aux lecteurs: -Passer l'eponge, sans qu'il y ait du cote des criminels volont? reelle et manifeste de renoncer aux pratiques repressives, peut-il reellement conduire ? l'Etablissement d'une societe de Droit? Au retour, il a fallu former un cabinet ministeriel de grande concorde ou les differents partis politiques de droite comme de gauche (donc avec une lecture differente et meme opposee des actions a entreprendre ) etaient representes. C'etait, semble-t-il, la voix de la raison. - Peut-on s'etonner, par la suite, que ce cabinet n'ait pu realiser grand chose?. En Afrique du Sud, en Haiti et ailleurs, la Reconciliation a ete presentee comme passage oblige pour un nouveau depart. Question: -Quels sont les pre-requis de la Reconciliation (pas seulement du point de vue moral mais en terme politique? En Haiti, comme dans d'autres pays, une Commission de Verite et Justice a ete cree pour aider a etablir la verite, faire luire la Justice et aussi enclencher le processus de guerison (healing process) des victimes et de la societe. Questions: -Que vaut la publication des noms des victimes sans celle des auteurs de toutes les atrocites? -Est-il correct de repandre l'idee que les tortionnaires ont autant droit ? la Justice que leurs victimes?